Le Temps qui reste (2005)

 

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Richard Gervais

Le Temps qui reste : une autre prouesse du talentueux François Ozon 

Melvil Poupaud et Jeanne MoreauFrance (2005); écrit et réalisé par François Ozon; interprété par Melvil Poupaud, Jeanne Moreau, Valeria Bruni Tedeschi et Daniel Duval.

 

Probablement pour se soustraire au goût du jour, le fort doué François Ozon (8 Femmes, Swimming Pool) a préféré affliger son héros de Le Temps qui reste d’un cancer plutôt que du sida. Peu importe au fond : le propos du film se situe davantage dans le refus absolu de Romain (Melvil Poupaud, vu dans Conte d’été et Le Temps retrouvé), brillant photographe de mode, de se soumetrre au moindre traitement. Il garde le silence sur son état de santé, sauf en présence de sa sympathique grand-mère (Jeanne Moreau) puisque, lui dit-il, « Tu vas bientôt mourir, toi aussi. » 

Les rapports avec sa famille étant parfois tendus, on comprend un peu le choix de Romain de ne pas leur révéler que la fin approche pour lui. Sa relation avec son amant Sasha ne valant guère mieux, le jeune condamné décide de rompre. Se rapprochant de son dernier souffle, Romain se verra proposer un étrange marché par un couple dont le mari est stérile. En accord avec ce dernier, sa femme (Valeria Bruni Tedeschi) demande à Romain, moyennant une somme d’argent, de lui faire cet enfant dont elle rêve depuis toujours… 

Sujet moderne traité avec tact, Le Temps qui reste nous porte à réfléchir à plusieurs niveaux. On n’est pas sans se poser certaines questions cruciales. Que ferais-je à la place de Romain ? Lutterais-je pour rester en vie ? Accepterais-je de prêter main forte à ce couple aspirant à une descendance ? 

Les dialogues de ce long métrage sont d’un naturel incroyable, s’apparentant presque à un documentaire. Se fondant dans leurs rôles, les acteurs disparaissent derrière leurs personnages. Poupaud et Bruni Tedeschi sont extrêmement touchants. Jeanne Moreau et Daniel Duval (qui joue le père de Romain) interprètent quant à eux leurs partitions avec une subtile combinaison de sensibilité et de détachement.

Un autre exploit du scénario de François Ozon réside dans sa conclusion : on est submergé par une vague d'espoir, malgré l'issue fatale pour le héros du film.

Juin 2006.

 

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