La Moustache (2005)

 

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Richard Gervais

La Moustache : une dégringolade troublante et originale 

Emmanuelle Devos et Vincent LindonFrance (2005); réalisé par Emmanuel Carrère; interprété par Vincent Lindon, Emmanuelle Devos, Mathieu Amalric et Hippolyte Girardot.

 

Bizarrement, certaines de nos lectures nous marquent plus que d’autres. Ainsi, je ne saurais dire précisément pour quelles raisons La Moustache avait été pour moi une aussi formidable expérience dans ma vie de jeune lecteur… alors moustachu ! Toujours est-il que j’avais fortement recommandé cette œuvre d’Emmanuel Carrère à mon entourage. Tous étaient inévitablement tombés sous le charme de ce gars ‘ben ordinaire’ dont la vie bascule, le jour où il rase sa moustache. Personne autour de lui – pas même son épouse – ne remarque son visage imberbe. Pire : tous s’accordent pour dire que Marc n’a jamais arboré le moindre poil sous son nez. Qui donc est en train de perdre la raison ? Lui ou alors tous ses proches ? Rappelant (à un autre degré) Le Locataire de Roman Polanski, le personnage central de La Moustache dégringole, craignant le pire pour sa santé mentale, imaginant un horrible complot ourdi… presque par le monde entier ! 

Coadapté et réalisé par Emmanuel Carrère, La Moustache bénéficie d’un climat trouble extrêmement réussi. On sympathise dès le début avec le héros (prodigieux Vincent Lindon) et on se demande bien quelle mouche a piqué sa femme (Emmanuelle Devos, tout aussi efficace ici que dans son rôle ‘césarisé’ de Sur mes lèvres), ses amis et ses collègues de travail. Avec ses notes glaçantes et tourbillonnantes ponctuant les moments clés du film, le Concerto pour violon de Philip Glass ajoute à notre malaise. Le départ précipité de Marc pour Hong Kong nous déboussole quelque peu, mais le malheureux comptait sans doute sur cette fuite improvisée pour l’aider à faire le point. 

Emmanuel Carrère – c’était son droit, après tout – a sensiblement modifié le dénouement de son récit pour l’écran. Bien que je reconnaisse les qualités artistiques de sa réalisation, la conclusion m’a un peu laissé sur mon appétit. Je suis presque tenté de vous suggérer – si ce n’est déjà fait – de voir le film avant de lire le livre. 

De toute façon, film ou livre, la Moustache reste une intrigue d’une incontestable originalité. 

 

Mai 2006.

 

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