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Mort à Venise (Morte a Venezia) : une admirable tragédie Réalisé par Luchino Visconti. Avec Dirk Bogarde, Silvana Mangano, Romolo
Valli et Bjørn Andresen.
Latmosphère
contemplative dans laquelle baigne Mort à Venise
se sent dès le tout début du générique. Devant un coucher de soleil magnifié par la
musique de Gustav Mahler, un bateau de plaisance vogue vers Venise. Sur le pont, le
vieillissant Professeur Gustav von Aschenbach (Dirk Bogarde), emmitouflé et songeur, lit
tout en combattant le sommeil. Arrivé à destination, il descend au luxueux Grand Hôtel
des Bains, dans la meilleure chambre, avec vue sur la mer. Il semble que le site sera
parfait pour la cure de repos imposée par son cur prématurément usé. Convaincu
que cet endroit le remettra sur pied, von Aschenbach ne se doute pas quil connaîtra
à Venise une attraction refoulée pour Tadzio (Bjørn Andresen), un adolescent polonais
dune troublante beauté androgyne. Ce dernier réside aussi au Grand Hôtel des
Bains, en compagnie de sa mère, une femme dune grande élégance (Silvana Mangano). À vrai dire,
on sait bien peu de choses sur le timide professeur, jusquà ce quune série
de flashbacks (fort pertinents) nous révèle des épisodes dramatiques de ses jeunes
années : la mort en bas âge de son enfant, léchec dun concert crucial
pour sa carrière, de violentes altercations avec un collègue, etc. On comprend alors
pourquoi ce brave homme vit une aussi sérieuse dépression. Son béguin pour Tadzio
hâtera son déclin car il nosera tirer du garçon rien de plus que de furtifs
échanges de regards. Si les
premiers instants du film sapparentent à des dépliants touristiques encensant la
ville de Venise, on a rapidement limpression que la santé chancelante du personnage
principal se propage à la localité quil a choisie pour ses dernières vacances. Au
fur et à mesure que la maladie du professeur progresse, Venise senlise dans une
épidémie honteusement camouflée par les propriétaires dhôtels
à moins
que cette catastrophe soit issue de limaginaire du cerveau un peu déréglé de von
Aschenbach? Ce qui rend Mort à Venise exceptionnel est le souci des
détails, cher à Visconti. Il a su habiller ses images dun climat tragique, sans
jamais y sacrifier la beauté de lensemble : décors, costumes, prises de vue,
etc. La prestation
monumentale du regretté Dirk Bogarde a profondément marqué cette production. Par
ailleurs, Mort à Venise compte sûrement autant
que de détracteurs que dinconditionnels. En tous cas, personne ne peut rester
indifférent à cette approche plutôt originale de la villégiature vénitienne. Mai 2006. (NDLR : Ce texte a également été publié dans le journal L'AER - Action, Printemps 2006) |