|
|
|
Les beaux dimanches :
les pièges cachés de la réussite Québec Canada /1974 / en couleurs / 90 minutes. Réalisé et coécrit par Richard Martin. Avec Jean Duceppe, Denise Filiatrault, Louise Portal, Andrée Lachapelle et Gérard Poirier.
La vibrante transposition cinématographique de cette pièce débute par la remise dune distinction à lhomme daffaires Victor Primeau (Jean Duceppe) par le Club des progressistes de la rive sud. Entouré de ses confrères et amis, Victor songe au parcours qui la mené à la reconnaissance de ses pairs. Lessentiel du film est dailleurs concentré dans ce flashback révélant que, derrière toute réussite, se cache sournoisement un épouvantable mal de vivre. Un dimanche matin, à peine quelques heures après une longue nuit arrosée à satiété en compagnie damis, Hélène (Catherine Bégin), la conjointe dépressive de Primeau, lui signifie son malaise. Étourdi par son appétit de luxe et de richesses, son époux demande à Hélène, en haussant le ton, ce quelle pourrait bien vouloir de plus que leur splendide demeure et leur réussite sociale. Cette violente dispute échoue, abrégée par larrivée soudaine des collègues de beuverie de la veille. En voyant se matérialiser sous nos yeux cette parade de couples désassortis, on ne peut que les plaindre de rechercher dans lalcool et le sexe un exorcisme à leur triste sort de parvenus. On devine vite que le party de la veille reprendra et de plus belle ! Comme si ça ne suffisait pas, la fille de Victor et dHélène (Louise Portal) découche avec un étudiant et se retrouve enceinte. La force de ce long métrage un peu déprimant, est-il nécessaire de le préciser ? réside dans les dialogues percutants livrés par une galerie de comédiens dexpérience (dont les regrettés Yvon Dufour et Luce Guilbeault) qui épatent par leur naturel. Si certaines séquences nous font rire, elles narrivent pas à masquer totalement la détresse qui émane du scénario. Parmi les éléments les plus célèbres de cette production, soulignons le décoiffant striptease de Denise Filiatrault ainsi quune prouesse impressionnante de Gérard Poirier, habituellement cantonné dans des rôles infiniment plus sages. Quant à Catherine Bégin et Louise Portal, elles incarnent avec une admirable justesse lépouse et la fille outragées par la vaine accumulation de biens matériels qui empoisonnent, lentement mais sûrement, leur quotidien. Adéquatement emballé dune musique enivrante de Claude Léveillée, Les beaux dimanches vient tout juste de sortir sur DVD. Regardez-le attentivement : il nous oblige à réfléchir sur le bien-fondé des apparences, symbole éhonté de réussite pour certaines classes sociales. Un film québécois méconnu, à découvrir (ou à revoir) absolument ! Février
2008. (NDLR : Ce texte a
également été publié dans le journal LAER Action, Printemps 2008)
|