Festival des Films du monde 2007

 

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Festival des Films du monde 2007

Mon opinion sur 16 longs métrages présentés durant la 31e édition du FFM (en ordre alphabétique des titres originaux)

 

Richard Gervais

20,13. Portugal. Réalisé par Joaquim Leitão. La guerre coloniale contre le Front de libération du Mozambique est en même temps le théâtre d’une relation interdite entre un capitaine de garnison et un beau soldat. L’arrivée de la femme du capitaine mettra le feu aux poudres. On croit qu’il y aura une trêve pour la nuit de Noël mais la violence des combats sera catastrophique. Cet intéressant portrait de l’époque aurait gagné en crédibilité en nuançant davantage son propos. 

Andere Junge, Der (L’autre garçon). Allemagne. Réalisé par Volker Einrauch. La vieille amitié d’un couple d’amis est mise en péril par un événement tragique : le fils de l’un deux assassine froidement le fils de l’autre. Les parents du jeune assassin paniquent et enterrent le corps dans leur jardin, suppliant leur enfant de taire toute cette histoire. Ce drame familial est filmé avec une telle véracité qu’il nous amène à nous imaginer dans la même situation. 

Ben X. Belgique – Pays-Bas. Réalisé par Nic Balthazar. Accro d’un jeu vidéo de son invention, Ben, un adolescent autiste, est la risée de ses camarades de classe. Doté d’une intelligence supérieure malgré son handicap, Ben fomente un plan qui modifiera la conception que les autres ont de lui. Le spectateur souscrit volontiers à cette vengeance car Ben nous est immédiatement sympathique. Ce sujet intéressant accorde peut-être trop d’importance au monde virtuel pour un public non averti mais l’interprétation du jeune Greg Timmermans est extrêmement convaincante. 

Bluff. Canada. Réalisé par Marc-André Lavoie & Simon Olivier Fecteau. Une constellation de vedettes du petit et du grand écran composent dans cette comédie réussie une galerie de personnages hors du commun. Un édifice à logements voué à la démolition y recèle un secret lié aux occupants successifs du même appartement. Sans prétention et chaleureux, le scénario ne manque pas de temps forts. Les comédiens s’éclatent à mort et ils nous transmettent avec aisance leur enthousiasme. 

Brunante, La. Canada. Réalisé par Fernand Dansereau. Le 31e FFM rendait hommage à l’œuvre immense du cinéaste Fernand Dansereau (bientôt 80 ans !). Cadeau royal pour les cinéphiles, La Brunante, la plus récente réalisation de ce géant du septième art, est une production soignée, majestueusement photographiée et interprétée subtilement. On y relate le parcours désespéré d’une septuagénaire (Monique Mercure) atteinte de la maladie d’Alzheimer. Aucun larmoiement, aucun apitoiement, seulement une touchante – et mémorable – tranche de vie. 

Eduart. Grèce – Allemagne. Réalisé par Angeliki Antoniou. Né en Albanie, pauvre et maltraité par son père, Eduart (excellent Eshref Durmishi) quitte sa patrie pour la Grèce où il rêve de devenir star du rock. Une nuit, à Athènes, il commet un meurtre pour lequel il sera emprisonné dans des conditions humiliantes. Son calvaire l’amènera à réfléchir sur sa vie passée et il finira par expier son crime. Portrait tortueux d’un jeune déchiré par la vie, ce magnifique film est un bijou d’émotion. 

Go Go Tales. Italie – France. Réalisé par Abel Ferrara. Abel Ferrera est le réalisateur d’un de mes films favoris, Bad Lieutenant. Cet individu ne craint pas la controverse et son œuvre nous le rappelle constamment. Les scènes crues et les dialogues à l’emporte-pièce sont encore une fois au menu mais avec un résultat très inégal. Se déroulant dans le milieu des night-clubs gérés par la mafia, Go Go Tales n’apporte rien de très neuf au genre. 

Lady Chatterley. France. Réalisé par Pascale Ferran. Qui ne connaît pas l’intrigue du sulfureux roman de D.H. Lawrence L’Amant de Lady Chatterley ? La cinéaste française a rebaptisé son adaptation filmique tout simplement Lady Chatterley. Malgré les luxueux décors et la photo impeccable, l’ennui est quelque peu au rendez-vous. Le jeu de Marina Hands (Les Invasions barbares) manque de passion, faute impardonnable pour une histoire aussi sulfureuse ! Évidemment, la durée du film (2 h 38) n’arrange rien… 

Mansfeld. Hongrie – Canada. Réalisé par Andor Szilágy. Budapest, 1956. Péter Mansfeld était un révolutionnaire né, considéré encore aujourd’hui comme un héros hongrois. Ce long métrage nous montre en détails son implication dans la rébellion qui avait secoué son pays au début des années cinquante. Construite comme un documentaire, cette impressionnante dramatisation d’événements réels révèle les dessous d’une page de l’histoire hongroise dont nous, lointains Occidentaux, ignorions à peu près tous les rouages. Un film vraiment exceptionnel ! 

Obsluhoval Jsem Anglického Krále (I Served the King of England). République tchèque – Slovaquie. Réalisé par Jirí Menzel. Satirique, drôle puis presque tragique dans sa conclusion, cette comédie dramatique raconte le parcours d’un jeune serveur ambitieux (formidable Ivan Barnev) qui rêve de devenir maître d’hôtel dans un établissement luxueux. Il atteindra son objectif à Prague mais… à quel prix ? Il tombe amoureux d’une sympathisante nazie, bonjour les problèmes ! Du même réalisateur que Mon cher petit village. 

Puffball. Royaume-Uni – Canada. Réalisé par Nicolas Roeg. Cette version cheap de Rosemary’s Baby est complètement dénuée d’intérêt. Une architecte conçoit et fait bâtir la maison de ses rêves dans un environnement hostile peuplé de freaks de tous genres. Lorsqu’elle réalise qu’elle est enceinte, cette belle jeune femme craint le pire pour sa vie et celle de son bébé, contrairement à nous, pauvre public : on s’en fout vraiment éperdument… 

Russky Treugolnik (The Russian Triangle). Géorgie. Réalisé par Aleko Tsabadze. Révolté par la mort violente de sa femme enceinte et de leur fille, un professeur tchétchène se convertit à l’Islam. Un étudiant de la région s’entête quant à lui à élucider une série de meurtres. D’un point de vue presque clinique, ce long métrage pointe du doigt les horreurs de toute guerre. Privilégiant les couleurs froides, la photographie du film épouse adroitement le réalisme des situations. 

Scar. États-Unis. Réalisé par Jerry Weintrob. Précédé d’une réputation promettant les émotions les plus fortes, Scar ne constitue finalement qu’une lassante accumulation d’effets dégueulasses. Un hurluberlu y séquestre deux adolescentes qu’il torture à tour de rôle. Pour ajouter à leurs souffrances, il leur tend un miroir afin qu’elles voient en détails toutes les plaies qu’il leur inflige. Ce film débilissime réjouira vraisemblablement les amateurs de slashers. Personnellement outré, j’ai attendu avec impatience la fin de la projection… 

Toi. Canada. Réalisé par François Delisle. On ne sait trop que penser de cette saga racontant une histoire d’adultère. Après son attachant Le bonheur, c’est une chanson triste, le scénariste-réalisateur François Delisle tombe de haut. Enfilades de lieux communs, multiples scènes de baises, bons acteurs mal utilisés, ce long métrage a reçu un accueil public tiède. Certains dialogues sont même involontairement drôles, signe d’un ratage assez évident. Anne-Marie Cadieux et Marc Béland y sont honteusement gaspillés. 

Uomo Di Vetro, L’ (L’Homme de verre). Italie. Réalisé par Stefano Incerti. Basée sur la vie aventureuse du premier repenti de la mafia, cette production ne donne pas dans la dentelle. Effectivement, son personnage central se retrouve d’abord en prison, puis en hôpital psychiatrique pour finir assassiné. Trop excessif dans son traitement, le récit suscite néanmoins l’intérêt. Malheureusement, le jeu de l’acteur David Coco déçoit : il en fait des tonnes et des tonnes… 

Viaggio Segreto (Secret Journey). Italie – France. Réalisé par Roberto Andò. Deux jeunes enfants sont témoins du meurtre sanglant de leur mère par leur père. 30 ans se sont écoulés; Leo et Ale se contactent rarement et tentent d’oublier ce drame. Le jour où la maison familiale est mise en vente, ils se revoient et les fantômes du passé ressurgissent… D’un sujet prometteur, le cinéaste n’a pas su être à la hauteur, illustrant ce récit avec une certaine confusion. 

Septembre 2007.

 

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