Festival des Films du monde 2006

 

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Festival des Films du monde 2006

Mon opinion sur 19 longs métrages présentés durant la 30e édition du FFM (en ordre alphabétique des titres originaux) 

Richard Gervais

 

Aislados (Isolated). Espagne. Réalisé par David Marqués. Amis de longue date, Adrià et Kique se donnent rendez-vous à Ibiza (quel paradis !) pour un weekend de détente et de bonne bouffe. La mi-trentaine, machos et légèrement immatures, ils discutent de tout et de rien : les femmes, la politique, la nourriture, le cinéma, l’homosexualité, etc. Les savoureux dialogues et les formidables acteurs de cette production abordent de façon humoristique les rapports humains. On y rit beaucoup, mais toujours intelligemment. 

Anastasia. Lituanie. Réalisé par Maris Martinsons. L’éclatement de l’URSS n’avait pas fait que des heureux. Menacés de déportation, deux frères désirant être traités équitablement jouent le tout pour le tout : ils organisent une prise d’otages. Ils seront un peu décontenancés en réalisant que la belle Anastasia, une de leurs proies, les encourage dans leur lutte. Tourné avec un budget minime, Anastasia renferme plusieurs éléments d’intérêt qui sont un peu sabotés par certaines maladresses scénaristiques et techniques. 

La Buena Voz (The Good Voice). Espagne. Réalisé par Antonio Cuardi. Marié, sans enfants, un chauffeur de taxi dans la cinquantaine apprend qu’il a un fils de 27 ans, homosexuel et séropositif. Difficile pour ce vieux macho d’accepter la situation, quoique sa femme lui pardonne ses infidélités passées. Empreinte de tendresse, l’intrigue nous introduit avec délicatesse dans cette famille recomposée. L’apprivoisement entre le père et le fils s’effectue doucement, dressant un portrait plausible teinté de philosophie. 

Ding Jun Shan. Chine. Réalisé par An Zhan Jun. Afin de célébrer le centième anniversaire du tournage du tout premier film produit dans son pays, le réalisateur chinois An Zhan Jun a réalisé et coécrit une saisissante fiction. Tout aussi vraisemblable que somptueux et foisonnant, Ding Jun Shan s’avère un troublant hommage aux balbutiements du septième art. L’équipe technique du ‘film dans le film’ se défonce corps et âme, avec comme résultat une subtile et inoubliable comédie dramatique. 

Expiration Date. États-Unis. Réalisé par Rick Stevenson. Certain qu’il mourra accidentellement – tout comme son père et son grand-père avant lui – le jour où il fêtera ses 25 ans, un garçon de café s’organise pour tout régler avant le grand départ. Le thème de ce film est original et l’entrée en matière plutôt prometteuse. Si le but du réalisateur était de faire rire, c’est à demi réussi. La multiplication de scènes soi-disant loufoques devient lassante et on se prend à espérer que le tout se rectifiera… Ce n’est pas le cas ! 

Fuga (Fugue). Chili / Argentine. Réalisé par Pablo Larrain. Manquant d’inspiration et complètement obsédé par une géniale mélodie qu’il tente de faire passer pour une de ses compositions, un jeune musicien se retrouve interné en institution. L’introduction de ce film dévoile un embryon de chef-d’œuvre mais ça ne dure pas… Il est regrettable de sentir que le réalisateur n’a pas su saisir l’essence du scénario car il y avait vraiment matière à en tirer un splendide film. Ceci dit, l’acteur Benjamín Vicuña est remarquable. 

Gefangene (The Prisoner). Allemagne / Autriche. Réalisé par Iain Dilthey. Une jeune femme frustrée sexuellement regarde avec ses jumelles dans les fenêtres du pénitencier situé en face de son domicile. L’homme qu’elle avait choisi d’observer s’évade et se réfugie chez elle : coïncidence ? Au début, la rareté des dialogues fait plaisir à voir; tout se passe dans les échanges de regards de ces deux êtres écorchés. Par la suite, le cheminement laborieux (parfois ridicule) dissipe notre intérêt, provoquant un ennui total. 

Guangrongde Fennu (Trouble makers). Chine. Réalisé par Cao Baoping. La corruption dans les villes, on connaît… mais dans un milieu rural ?! Un quatuor de frères – dont l’un est maire du village – terrorise la population. Les villageois veulent réagir, mais comment dénoncer la plus haute instance politique ? Ponctuée de bagarres, de rires et de personnages caricaturaux, cette critique sociale acidulée au réalisme cru pointe du doigt l’illégalité, sans malheureusement laisser entrevoir de solution sensée au problème. 

Mariposa Negra (Black Butterfly). Pérou. Réalisé par Francisco J. Lombardi. Sur le point d’épouser l’homme de sa vie, Gabriela vit un cauchemar : son fiancé est sauvagement assassiné. Dès lors, elle ne vit plus que pour châtier le coupable. Tissé d’outrances et d’invraisemblances, Mariposa Negra n’en demeure pas moins passionnant car son entêtée héroïne nous est sympathique. Sa vengeance obsessionnelle est rendue avec ferveur par la séduisante Melania Urbina, excellente dans cet élégant thriller. 

Más que a nada en el mundo (More than Anything in the World). Mexique. Réalisé par Andrés León Becker et Javier Solar. Récemment séparée du père de sa fille, une jolie jeune femme collectionne les aventures d’un soir, perturbant ainsi la fillette. Celle-ci est fort angoissée lorsqu’elle rencontre leur nouveau voisin taciturne : serait-ce un vampire ?! Exposée avec tendresse, la relation mère-fille de ce film est un pur joyau d’émotion, surtout à cause des comédiennes qui sont rien de moins qu’étourdissantes. 

Melanoma Ahuvati (Melanoma my Love). Israël. Réalisé par Joseph Madmony & David Ofek. Une jeune femme caresse depuis toujours le rêve d’ouvrir son école de danse. De plus en plus épuisée par un quotidien harassant, elle finit par consulter un médecin qui détecte un mélanome inopérable. Le mari de l’héroïne du film convainc le docteur de taire la vérité à sa femme car ça la tuerait. Basé sur une histoire vraie (celle de l’acteur principal du film), Melanoma Ahuvati émeut, mais sa finale nous laisse froids. 

Notte prima degli esami (The Night Before Finals). Italie. Réalisé par Fausto Brizzi. Les comédies illustrant la vie étudiante d’adolescents tournent parfois au burlesque quand ce n’est pas à la vulgarité. Rien de tout ça dans Notte prima…. De jeunes comédiens bourrés de talent y incarnent une bande de collégiens hypernerveux à la veille des examens de fin d’année. Véritable bain de nostalgie saupoudré d’un humour aux réparties cinglantes, ce film amuse beaucoup mais l’émotion est aussi au rendez-vous. 

Otoko Wa Tsuraiyo (Tora-San, Our Lovable Tramp). Japon. Réalisé par Yoji Yamada. Premier d’une série à succès, ce long métrage datant de 1969 enfile comme des perles les situations saugrenues. Tora-San est un individu inoffensif, mais il a de temps à autre des sautes d’humeur, ayant la fâcheuse habitude de se mêler des amours de sa jeune sœur. Le caractère de Tora-San s’adoucira sensiblement lorsqu’il s’éprendra d’une belle voisine. Malgré un humour parfois dépassé, cette production reste très divertissante. 

Pingpong. Allemagne. Réalisé par Matthias Luthardt. Une énième variation sur le thème de The Graduate sauf que, cette fois, c’est la propre tante du jeune homme qui lui apprend à conjuguer le verbe aimer. Il n’y a rien de très neuf dans cette histoire pourtant correctement filmée et jouée avec sincérité. Manquant de tonus, l’intrigue met en scène des personnages d’une déplorable banalité. Plus la projection avance, moins on se soucie de l’issue de cette relation tordue. On a déjà vu du cinéma allemand plus inspiré… 

Le Pressentiment. France. Réalisé par Jean-Pierre Darroussin. Au début de la projection, fermez les yeux et écoutez la voix de Jean-Pierre Darroussin : on dirait Jean-Louis Trintignant, non ? Ce n’est pas une mauvaise référence ! Vibrante histoire d’un homme qui fait table rase du passé pour s’établir dans un quartier défavorisé, Le Pressentiment est la première réalisation de Darroussin qui incarne le personnage d’un homme séparé qui aide une adolescente rebelle négligée par sa famille. Un bijou de film ! 

So lange du hier bist (As Long as You’re Here). Allemagne. Réalisé par Stefan Westerwelle. Solitaire depuis toujours, Georg, un homme vieillissant, a enfin trouvé une raison de vivre. Un jeune prostitué le visite de plus en plus fréquemment, passant même parfois la nuit complète dans l’intimité de Georg. Craignant que ce bonheur passager se termine abruptement, Georg décide d’en profiter au maximum. Le traitement glacial du récit nous empêche d’y adhérer, malgré le jeu empreint de véracité des deux acteurs. 

Unter Dem Eis (Under the Ice). Allemagne. Réalisé par Aelrun Goette. Un terrible secret lie une mère et son fils de sept ans. La jeune femme fait promettre à son bambin de ne jamais révéler cette tragédie à quiconque et surtout pas à son père, récemment nommé chef de la police locale. Mêlant magnifiquement thriller et étude psychologique, ce long métrage nous prend aux tripes dès le départ, ne relâchant sa pression qu’à la fin de la projection. La conclusion déçoit un peu, mais elle n’entache en rien les qualités du film. 

La Vie secrète des gens heureux. Canada / Québec. Réalisé par Stéphane Lapointe. Film de clôture du FFM 2006, la Vie secrète… dépeint les mésaventures d’un jeune homme timide qui ambitionne d’être architecte. L’entrée dans sa vie et dans celle de sa famille d’une ravissante jeune fille mettra le feu aux poudres… Si le jeu des acteurs est impeccable, il n’en va pas autant pour l’évolution du récit et la psychologie des personnages. On est peu sensible à la destinée de cet étudiant faible et masochiste. 

Yek Bous-e Kouchoulou (A Little Kiss). Iran. Réalisé par Bahman Farmanara. Ils ne s’étaient pas vus depuis plus de trente ans. Un jour, sans être attendu, Sa’adi, écrivain doué réduit au chômage, sonne chez son vieux copain Shebli, auteur à succès. On est immédiatement conquis par ce duo de vieillards colorés joués par de superbes acteurs. L’humour coquin du début cède bientôt sa place à une bouleversante réflexion sur la perte d’autonomie liée à la vieillesse. Une réalisation d’une prodigieuse délicatesse.

 

Septembre 2006.

 

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