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Festival des Films du monde 2006 Mon opinion sur 19 longs métrages présentés durant la 30e
édition du FFM (en ordre alphabétique des titres originaux)
Anastasia. Lituanie. Réalisé par Maris Martinsons.
Léclatement de lURSS navait pas fait que des heureux. Menacés de
déportation, deux frères désirant être traités équitablement jouent le tout pour le
tout : ils organisent une prise dotages. Ils seront un peu décontenancés en
réalisant que la belle Anastasia, une de leurs proies, les encourage dans leur lutte.
Tourné avec un budget minime, Anastasia renferme
plusieurs éléments dintérêt qui sont un peu sabotés par certaines maladresses
scénaristiques et techniques. La Buena Voz (The
Good Voice). Espagne. Réalisé par Antonio Cuardi. Marié, sans enfants, un
chauffeur de taxi dans la cinquantaine apprend quil a un fils de 27 ans, homosexuel
et séropositif. Difficile pour ce vieux macho daccepter la situation, quoique sa
femme lui pardonne ses infidélités passées. Empreinte de tendresse, lintrigue
nous introduit avec délicatesse dans cette famille recomposée. Lapprivoisement
entre le père et le fils seffectue doucement, dressant un portrait plausible
teinté de philosophie. Ding Jun Shan. Chine. Réalisé par An Zhan Jun. Afin
de célébrer le centième anniversaire du tournage du tout premier film produit dans son
pays, le réalisateur chinois An Zhan Jun a réalisé et coécrit une saisissante fiction.
Tout aussi vraisemblable que somptueux et foisonnant, Ding Jun Shan savère un troublant hommage
aux balbutiements du septième art. Léquipe technique du film dans le
film se défonce corps et âme, avec comme résultat une subtile et inoubliable
comédie dramatique. Expiration Date. États-Unis. Réalisé par Rick
Stevenson. Certain quil mourra accidentellement tout comme son père et son
grand-père avant lui le jour où il fêtera ses 25 ans, un garçon de café
sorganise pour tout régler avant le grand départ. Le thème de ce film est
original et lentrée en matière plutôt prometteuse. Si le but du réalisateur
était de faire rire, cest à demi réussi. La multiplication de scènes soi-disant
loufoques devient lassante et on se prend à espérer que le tout se rectifiera
Ce
nest pas le cas ! Fuga (Fugue).
Chili / Argentine. Réalisé par Pablo Larrain. Manquant dinspiration et
complètement obsédé par une géniale mélodie quil tente de faire passer pour une
de ses compositions, un jeune musicien se retrouve interné en institution.
Lintroduction de ce film dévoile un embryon de chef-duvre mais ça ne
dure pas
Il est regrettable de sentir que le réalisateur na pas su saisir
lessence du scénario car il y avait vraiment matière à en tirer un splendide
film. Ceci dit, lacteur Benjamín Vicuña est remarquable. Gefangene (The
Prisoner). Allemagne / Autriche. Réalisé par Iain Dilthey. Une jeune femme
frustrée sexuellement regarde avec ses jumelles dans les fenêtres du pénitencier situé
en face de son domicile. Lhomme quelle avait choisi dobserver
sévade et se réfugie chez elle : coïncidence ? Au début, la rareté des
dialogues fait plaisir à voir; tout se passe dans les échanges de regards de ces deux
êtres écorchés. Par la suite, le cheminement laborieux (parfois ridicule) dissipe notre
intérêt, provoquant un ennui total. Guangrongde Fennu (Trouble makers). Chine. Réalisé par Cao
Baoping. La corruption dans les villes, on connaît
mais dans un milieu rural ?! Un
quatuor de frères dont lun est maire du village terrorise la
population. Les villageois veulent réagir, mais comment dénoncer la plus haute instance
politique ? Ponctuée de bagarres, de rires et de personnages caricaturaux, cette critique
sociale acidulée au réalisme cru pointe du doigt lillégalité, sans
malheureusement laisser entrevoir de solution sensée au problème. Mariposa Negra (Black Butterfly). Pérou. Réalisé par
Francisco J. Lombardi. Sur le point dépouser lhomme de sa vie, Gabriela vit
un cauchemar : son fiancé est sauvagement assassiné. Dès lors, elle ne vit plus
que pour châtier le coupable. Tissé doutrances et dinvraisemblances, Mariposa Negra nen demeure pas moins
passionnant car son entêtée héroïne nous est sympathique. Sa vengeance obsessionnelle
est rendue avec ferveur par la séduisante Melania Urbina, excellente dans cet élégant
thriller. Más que a nada en el mundo (More than Anything in the World). Mexique.
Réalisé par Andrés León Becker et Javier Solar. Récemment séparée du père de sa
fille, une jolie jeune femme collectionne les aventures dun soir, perturbant ainsi
la fillette. Celle-ci est fort angoissée lorsquelle rencontre leur nouveau voisin
taciturne : serait-ce un vampire ?! Exposée avec tendresse, la relation mère-fille
de ce film est un pur joyau démotion, surtout à cause des comédiennes qui sont
rien de moins quétourdissantes. Melanoma Ahuvati (Melanoma my Love). Israël. Réalisé par
Joseph Madmony & David Ofek. Une jeune femme caresse depuis toujours le rêve
douvrir son école de danse. De plus en plus épuisée par un quotidien harassant,
elle finit par consulter un médecin qui détecte un mélanome inopérable. Le mari de
lhéroïne du film convainc le docteur de taire la vérité à sa femme car ça la
tuerait. Basé sur une histoire vraie (celle de lacteur principal du film), Melanoma Ahuvati émeut, mais sa finale nous laisse
froids. Notte
prima degli esami (The Night Before Finals). Italie. Réalisé par Fausto Brizzi.
Les comédies illustrant la vie étudiante dadolescents tournent parfois au
burlesque quand ce nest pas à la vulgarité. Rien de tout ça dans Notte prima
. De jeunes comédiens bourrés de
talent y incarnent une bande de collégiens hypernerveux à la veille des examens de fin
dannée. Véritable bain de nostalgie saupoudré dun humour aux réparties
cinglantes, ce film amuse beaucoup mais lémotion est aussi au rendez-vous. Otoko Wa Tsuraiyo (Tora-San, Our Lovable Tramp). Japon.
Réalisé par Yoji Yamada. Premier dune série à succès, ce long métrage datant
de 1969 enfile comme des perles les situations saugrenues. Tora-San est un individu
inoffensif, mais il a de temps à autre des sautes dhumeur, ayant la fâcheuse
habitude de se mêler des amours de sa jeune sur. Le caractère de Tora-San
sadoucira sensiblement lorsquil séprendra dune belle voisine.
Malgré un humour parfois dépassé, cette production reste très divertissante. Pingpong. Allemagne. Réalisé par Matthias Luthardt.
Une énième variation sur le thème de The
Graduate sauf que, cette fois, cest la propre tante du jeune homme qui lui
apprend à conjuguer le verbe aimer. Il ny a rien de très neuf dans cette histoire
pourtant correctement filmée et jouée avec sincérité. Manquant de tonus,
lintrigue met en scène des personnages dune déplorable banalité. Plus la
projection avance, moins on se soucie de lissue de cette relation tordue. On a
déjà vu du cinéma allemand plus inspiré
Le Pressentiment. France. Réalisé par Jean-Pierre
Darroussin. Au début de la projection, fermez les yeux et écoutez la voix de Jean-Pierre
Darroussin : on dirait Jean-Louis Trintignant, non ? Ce nest pas une mauvaise
référence ! Vibrante histoire dun homme qui fait table rase du passé pour
sétablir dans un quartier défavorisé, Le
Pressentiment est la première réalisation de Darroussin qui incarne le personnage
dun homme séparé qui aide une adolescente rebelle négligée par sa famille. Un
bijou de film ! So lange du hier bist (As Long as Youre Here). Allemagne.
Réalisé par Stefan Westerwelle. Solitaire depuis toujours, Georg, un homme vieillissant,
a enfin trouvé une raison de vivre. Un jeune prostitué le visite de plus en plus
fréquemment, passant même parfois la nuit complète dans lintimité de Georg.
Craignant que ce bonheur passager se termine abruptement, Georg décide den profiter
au maximum. Le traitement glacial du récit nous empêche dy adhérer, malgré le
jeu empreint de véracité des deux acteurs. Unter Dem Eis (Under the Ice). Allemagne. Réalisé par
Aelrun Goette. Un terrible secret lie une mère et son fils de sept ans. La jeune femme
fait promettre à son bambin de ne jamais révéler cette tragédie à quiconque et
surtout pas à son père, récemment nommé chef de la police locale. Mêlant
magnifiquement thriller et étude psychologique, ce long métrage nous prend aux tripes
dès le départ, ne relâchant sa pression quà la fin de la projection. La
conclusion déçoit un peu, mais elle nentache en rien les qualités du film. La Vie secrète des gens heureux. Canada / Québec.
Réalisé par Stéphane Lapointe. Film de clôture du FFM 2006, la Vie secrète
dépeint les mésaventures
dun jeune homme timide qui ambitionne dêtre architecte. Lentrée dans
sa vie et dans celle de sa famille dune ravissante jeune fille mettra le feu aux
poudres
Si le jeu des acteurs est impeccable, il nen va pas autant pour
lévolution du récit et la psychologie des personnages. On est peu sensible à la
destinée de cet étudiant faible et masochiste. Yek Bous-e Kouchoulou (A Little Kiss). Iran. Réalisé par Bahman Farmanara. Ils ne sétaient pas vus depuis plus de trente ans. Un jour, sans être attendu, Saadi, écrivain doué réduit au chômage, sonne chez son vieux copain Shebli, auteur à succès. On est immédiatement conquis par ce duo de vieillards colorés joués par de superbes acteurs. Lhumour coquin du début cède bientôt sa place à une bouleversante réflexion sur la perte dautonomie liée à la vieillesse. Une réalisation dune prodigieuse délicatesse. Septembre
2006.
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