Carrie (1976)

 

Accueil Retour

Richard Gervais

Carrie : un Stephen King amélioré

États-Unis / 1976 / en couleurs / 98 minutes.

Réalisé par Brian De Palma.

Avec Sissy Spacek, Piper Laurie, Amy Irving et John Travolta.

 

Bien sûr, quand on évoque Carrie, on pense immédiatement à la scène finale, propre à glacer le sang des plus insensibles! Il est cependant regrettable que notre souvenir se rattache à ces quelques secondes car ce long métrage recèle bien davantage. 

Tout premier roman du démoniaque romancier Stephen King, Carrie constituait certes un immense défi pour Brian De Palma. Les choix de carrière de ce dernier n’ont jamais fait l’unanimité, dû à l’évidente parenté de ses films avec ceux d’un certain Alfred Hitchcock. Alors que plusieurs considèrent De Palma comme un copieur éhonté du réalisateur de Psychose, d’autres – dont je fais partie – voient plutôt dans son travail un hommage à Hitchcock, plus particulièrement dans Obsession et Pulsions. 

Revenons à Carrie. Adolescente brimée par une mère qui a tout d’une Jesus freak (incroyable Piper Laurie), cette timide rouquine (Sissy Spacek, bouleversante) est la continuelle risée de ses compagnes d’école. La méchanceté de celles-ci atteindra son paroxysme dans les douches, après une partie de volleyball. Ignorant tout des mystères de la vie, Carrie découvre avec horreur que du sang coule sur ses cuisses. Paniquée, elle est convaincue que ses jours sont comptés alors que, tout simplement, elle a ses premières règles… La conduite des collégiennes est alors tellement révoltante que leur professeure leur infligera des sessions supplémentaires de rude gymnastique. 

Chris, la plus agressive des élèves punies, entend bien se venger. Je vous le donne en mille : sa proie sera l’inoffensive Carrie. Une autre étudiante, Sue (Amy Irving), est tellement envahie par le remords qu’elle décide de racheter son geste en demandant à son petit ami d’accompagner Carrie au bal des finissantes. Bien que la mère folle à lier de cette dernière s’y oppose avec force, Carrie ira à ‘son’ bal… Malheureusement, la soirée qui s’était bien entamée s’achèvera en cauchemar sanglant. 

Carrie est un indéniable chef-d’œuvre du cinéma d’horreur moderne. Même ceux qui ne raffolent pas tellement des bains de sang ne pourront rester de glace, face à cette naïve jeune fille dotée du don de télékinésie (elle peut déplacer des objets à distance). Dès le début, nous sommes de tout cœur avec elle et notre sympathie à son égard croît tout au long de la projection. 

L’exploit de De Palma dans Carrie est d’avoir revisité avec grand talent l’écriture alors plutôt brouillonne de King. Le scénario de Lawrence D. Cohen gomme les maladresses du roman original, accordant au personnage principal une grâce cruellement absente des pages du livre. 

Rien n’a été laissé au hasard dans cette production extrêmement soignée. La soirée de bal exprime avec un total réalisme l’ambiance de ces événements où les adolescentes de l’époque faisaient leur entrée officielle dans le monde adulte. Le passage de l’état de jeune fille à celui de femme y est d’ailleurs traité avec un tact émouvant, malgré la brutalité de certaines images qui nous restent longtemps en mémoire. 

Carrie, c’est du très grand De Palma.

Mai 2006.

(NDLR  : Ce texte a également été publié dans le journal L'AER - Action, Printemps 2006)

 

CalendrierCulturel.com © 2006-2008